—Oui, Antoine de Bourbon.

—Le fils de notre bon roi Henri?

—Le bâtard, vous voulez dire.

—Les bâtards sont les vrais fils des rois, attendu que les rois les font, non point par devoir, mais par amour. Reprenez votre or, monsieur, jamais je ne porterai la main sur un fils de la maison Royale.

—Le fils de Jacqueline de Bueil n'est pas de la maison royale.

—Mais le fils du roi Henri IV en est.

Puis se levant, croisant les bras, et fixant un regard terrible sur l'inconnu.

—Savez-vous bien, monsieur, dit-il, que j'étais là, quand on a tué le père!

—Vous?

—Sur le marchepied de la voiture comme page de M. le duc d'Epernon; l'assassin a été obligé de m'écarter de la main pour arriver jusqu'à lui. Sans moi, peut-être se sauvait-il; c'est moi qui me suis cramponné à son pourpoint quand il a voulu fuir, et, tenez, tenez! Latil montra ses mains hachées de cicatrices, voici les traces des coups de couteau qu'il m'a donnés pour me faire lâcher prise! Le sang du grand roi s'est mêlé au mien, monsieur, et c'est à moi que vous venez proposer de répandre celui de son fils! Je ne suis ni un Jacques Clément, ni un Ravaillac, entendez-vous! Mais, vous... vous... vous êtes un misérable!... Reprenez donc votre or, et déguerpissez vivement, ou je vous cloue à la muraille comme une bête venimeuse!