—Non, ce n'est pas là l'histoire, insista Monsieur. Comment êtes-vous allé faire une visite à l'homme qui a voulu vous assassiner?
—Mais parce qu'il ne pouvait venir, lui! Je suis une bonne âme, monseigneur. J'ai pensé que le pauvre Pisani croirait peut-être que je lui en veux et que cela pourrait lui donner le cauchemar; j'ai donc été lui serrer franchement la main et lui dire que, si, à l'avenir, lui ou tout autre, croit avoir à se plaindre de moi, on n'aura qu'à m'appeler sur le terrain; je ne suis qu'un simple gentilhomme, et je ne me crois pas le droit de refuser réparation à quiconque j'aurais offensé; seulement, je tâcherai de n'offenser personne.
Et le jeune homme prononça ces paroles avec une telle douceur et en même temps une telle fermeté qu'un murmure approbateur répondit au sourire franc et loyal qui s'épanouissait sur ses lèvres.
A peine avait-il fini, que la porte s'ouvrit une nouvelle fois et que l'huissier annonça:
—Mademoiselle Isabelle de Lautrec.
Au moment où elle entra, on put, derrière elle, distinguer un valet de pied, à la livrée du château, qui l'avait accompagnée.
En apercevant la jeune fille, le comte de Moret éprouva un sentiment d'attraction étrange et fit un pas comme pour aller à elle.
Elle s'avança, gracieuse et rougissante, vers la princesse Marie, et, s'inclinant respectueusement devant son fauteuil:
—Madame, dit-elle, j'ai congé de Sa Majesté pour apporter à Votre Altesse une lettre de mon père, renfermant de bonnes nouvelles pour vous, et je profite de la permission pour déposer, avec mes respects, cette lettre à vos pieds.
Aux premières paroles qu'avait prononcées Mlle de Lautrec, le comte de Moret avait tressailli jusqu'au fond du cœur, et, saisissant la main de Mme de Fargis et la secouant avec force: