Mais Gaston l'interrompant:
—Madame, depuis plusieurs mois déjà, je dirai mieux, depuis que je l'ai vue, j'aime la princesse Marie; le respect que j'ai pour elle et pour vous fait que je ne lui eusse probablement pas fait cet aveu avant mes vingt et un ans accomplis, car, de son côté, Dieu merci! ayant à peine seize ans, elle a tout le temps d'attendre; mais puisque d'un côté le mauvais vouloir de ma mère tente de m'éloigner d'elle; puisque, de l'autre, la politique veut que celle que j'aime épouse un pauvre petit prince d'Italie, je dirai à Son Altesse: Madame, mes joues roses ne me rendent guère propre à la galanterie qui règne, c'est-à-dire à faire le malade, à être pâle et à être toujours prêt à m'évanouir, mais je ne vous en aime pas moins; c'est donc à vous de réfléchir à mon offre, car, vous le comprenez bien, l'offre de mon cœur, c'est l'offre de ma main. Choisissez donc entre le duc de Rethellois et moi, entre Mantoue et Paris, entre un petit prince italien et le frère du roi de France.
—Ah! monseigneur, dit Mme de Longueville, si vous étiez libre de vos actions, comme un simple gentilhomme, si vous ne dépendiez pas de la reine, du cardinal, du roi!
—Du roi, madame, je dépends du roi, c'est vrai; mais c'est mon affaire d'obtenir de lui permission pour ce mariage, et je m'en fais fort; mais quant au cardinal et à la reine, ce sont eux, peut-être, qui bientôt dépendront de moi.
—Comment cela, monseigneur? demandèrent les deux dames.
—Oh! mon Dieu, je vais vous le dire, fit Gaston en affectant la franchise; mon frère Louis XIII, marié depuis treize ans, et n'ayant point d'enfants après treize ans de mariage, n'en n'aura jamais; quant à sa santé, vous savez ce qu'elle est, et qu'évidemment, un jour ou l'autre, il me laissera le trône de France.
—Ainsi, dit Mme de Longueville, vous considérez, monseigneur, comme ne pouvant tarder, la mort du roi votre frère.
La princesse Marie ne parlait point, mais comme son cœur, en ne parlant pour personne, laissait germer l'ambition dans sa jeune tête, elle ne perdait point une parole de ce que disait Monsieur.
—Bouvard le regarde comme un homme perdu, madame, et s'émerveille qu'il vive encore; mais sur ce point les augures sont d'accord avec Bouvard.
—Les augures? demanda Mme de Longueville.