—Mais supposons une chose, par exemple, supposons qu'au lieu d'avoir affaire à un anglais, à un homme charmant, mais de race étrangère, supposons que vous ayez eu affaire à un homme non moins charmant que lui—Anne poussa un soupir—à un homme de race française, mieux encore, à un homme de race royale, à... un vrai fils de Henri IV, par exemple, tandis que le roi Louis XIII me fait, par ses goûts, ses habitudes, son caractère, l'effet de descendre de certain Virginio Orsini.

—Toi aussi, Fargis, tu crois à ces calomnies?

—Si ce sont des calomnies, en tout cas elles viennent du pays de Votre Majesté. Supposons enfin que le comte de Moret se fût trouvé à la place du duc de Buckingham, croyez-vous que le crime eût été aussi grand, et qu'au contraire, ce n'eût pas été un moyen dont la Providence se fût servie pour remettre le vrai sang de Henri IV sur le trône de France?

—Mais Fargis, je n'aime pas le comte de Moret, moi.

—Eh bien, là, madame, serait l'expiation du péché, puisqu'il y aurait sacrifice, et que, dans ce cas-là, vous vous sacrifieriez encore plus à la gloire et à la félicité de la France, qu'à vos propres intérêts.

—Fargis, je ne comprends pas comment une femme se donne à un autre homme qu'à son mari et ne meure pas de honte la première fois qu'au grand jour, elle se trouve face à face avec cet homme-là.

—Ah! madame! madame! dit Fargis, si toutes les femmes pensaient comme Votre Majesté, que de maris en deuil sans savoir de quelle maladie leurs femmes sont mortes! Eh bien, oui, autrefois on a vu de ces choses-là; mais depuis l'invention des éventails ce genre d'accidents est devenu beaucoup moins fréquent.

—Fargis! Fargis! tu es bien la plus immorale personne qu'il y ait au monde, et je ne sais pas si Chevreuse elle-même est aussi perverse que toi. Et de qui est-il amoureux, ton rêve?

—De votre protégée Isabelle.

—D'Isabelle de Lautrec, qui me l'a amené l'autre soir? Mais où l'avait-il vue?