—A quelle heure précise le roi fut-il tué?
—A quatre heures vingt minutes.
—Et à quelle heure connut-on sa mort dans Paris?
—A neuf heures seulement. Seulement à six heures et demie on avait proclamé la reine régente.
—C'est-à-dire une étrangère qui parlait encore italien, reprit avec amertume Richelieu, une Autrichienne, la petite-nièce de Charles-Quint, la cousine de Philippe II, c'est-à-dire la Ligue. Finissons-en avec Ravaillac.
—Personne ne peut vous dire mieux que moi comment la chose se passa; je ne le quittai que sur la roue, j'avais des priviléges; on disait: C'est le page de M. d'Epernon, c'est lui qui a arrêté le meurtrier! Et les femmes m'embrassaient, tandis que les hommes criaient frénétiquement: Vive le roi! qui était mort. Le peuple, qui avait d'abord été calme et comme étourdi par la nouvelle, était devenu comme insensé de fureur; il faisait des rassemblements devant la Conciergerie, et, ne pouvant lapider le coupable, il lapidait les murs.
—Il ne dénonça jamais personne?
—Non, pendant les interrogatoires. Pour moi, il est évident qu'il croyait toujours qu'au moment suprême il serait sauvé. Seulement, il dit que les prêtres d'Angoulême, auxquels il s'était adressé, avouant qu'il voulait tuer un roi hérétique, et qui lui avaient donné l'absolution au lieu de le détourner de son projet, avaient ajouté à l'absolution un petit reliquaire dans lequel ils lui avaient dit qu'il y avait un morceau de la vraie croix; le reliquaire, ouvert devant lui par le tribunal, ne contenait rien du tout. Dieu merci! les hommes n'avaient point osé faire Monseigneur Jésus complice d'un pareil crime.
—Que dit-il en voyant qu'il avait été trompé?
—Il se contenta de dire: L'imposture retombera sur les imposteurs.