—Temps de quoi? demanda Richelieu.
—Que nous finissions; je me sens faible et... bon! est-ce que je vais mourir?...
Et il laissa retomber avec un soupir sa tête sur l'oreiller.
Le cardinal regarda autour de lui, vit un petit flacon qui lui parut devoir renfermer un cordial. Il versa quelques gouttes de la liqueur qu'il contenait dans une petite cuiller, et les fit avaler au blessé, qui rouvrit les yeux et poussa un nouveau soupir, mais d'allégement.
Le cardinal mit alors le doigt sur sa bouche, pour recommander le silence à Latil, recouvrit sa tête du capuchon de sa robe et sortit.
CHAPITRE VIII.
L'IN PACE.
Il était une heure et demie à peu près, mais l'heure avancée était une raison de plus pour que le cardinal poursuivît ses investigations. Il craignait, s'il se présentait pendant le jour à la porte de ce couvent infâme où l'on entassait tous les coquins ramassés dans les mauvais lieux de Paris, qu'on eût le temps, lorsqu'on apprendrait le motif de sa visite, de faire disparaître celle qu'il y venait chercher. Il savait quel voile Concini, la reine-mère et d'Epernon avaient essayé d'étendre et même avaient étendu sur ce terrible drame de l'assassinat de Henri IV; il savait, et nous en avons vu quelque chose dans le chapitre précédent, que les preuves écrites avaient disparu, il craignait que l'on ne fît disparaître les preuves vivantes.
Latil n'était qu'un fil indicateur que, d'un moment à l'autre, la main de la mort pouvait briser; il lui fallait cette femme chez laquelle Ravaillac, disait-on, avait vécu six mois, et qui, pour être entrée dans ce secret d'Etat, était morte ou achevait de mourir dans un in pace, c'est-à-dire dans un de ces tombeaux si vantés par ces admirables tortureurs qu'on appelle les moines et qui essayent de rendre à leur prochain en souffrances physiques les souffrances physiques et morales qu'ils se sont imposées à un âge où parfois ils ne peuvent savoir s'ils auront la force de les supporter.