Il recula d'un pas, prit la lumière des mains de la supérieure et la passa à travers les barreaux dans l'intérieur de la loge.

Mais l'air y était si méphitique, si épais, si chargé de miasmes, qu'en entrant dans la loge, la flamme de la cire pâlit, diminua de volume et fut prête à s'éteindre.

Le cardinal la tira à lui, et ce ne fut qu'à l'air extérieur qu'elle reprit sa vivacité.

Alors, tout à la fois pour épurer l'air et pour éclairer l'intérieur de ce tombeau, le cardinal alluma le papier sur lequel était l'ordre signé par lui, et dont il n'avait plus besoin, puisqu'il s'était fait connaître, et jeta ce papier tout flamboyant dans la loge.

Malgré l'intensité de l'atmosphère, il s'y fit alors une lumière assez grande pour que le cardinal pût voir contre la muraille, en face de la porte, une figure accroupie, les coudes sur les deux genoux, le menton sur ses deux poings; elle était complétement nue, à part un lambeau de vêtement qui la couvrait de la ceinture aux genoux; ses cheveux tombaient sur ses épaules, et de leur extrémité balayaient la dalle humide.

Cette figure était livide, hideuse, grelottante; elle regardait ce moine qui venait la chercher dans sa nuit avec des yeux caves, fixes, presque insensés.

Des gémissements réguliers sortaient à chaque haleine de sa poitrine, pénibles comme le souffle des agonisants. La douleur avait été si longue et si persistante, que la plainte s'était régularisée en un râle monotone et douloureux.

Le cardinal, quoique peu tendre à la douleur d'autrui, et même à la sienne, frissonna des pieds à la tête à ce spectacle, et jeta un regard de menaçant reproche à la supérieure qui murmura:

—C'était l'ordre.

—L'ordre de qui? demanda le cardinal.