—Oh! je la tiens! s'écria-t-elle, votre main; la première main d'homme qui se soit étendue vers moi depuis dix ans; les autres étaient des griffes de tigres. Sois bénie, sois bénie, ô main humaine!
Et la prisonnière couvrit la main du cardinal de baisers.
Il n'eut point le courage de la lui retirer, et, appelant ses deux porteurs qui accoururent:
—Suivez cette femme, dit-il, en leur montrant la supérieure, elle va vous donner les outils nécessaires à éventrer cette tombe; il y a cinq pistoles pour chacun de vous.
Les deux hommes suivirent la supérieure, qui, la lumière à la main, les conduisit dans une espèce de caveau où l'on mettait les instruments de jardinage, et d'où ils sortirent cinq minutes après, le plus grand des deux portant une pioche sur son épaule, et l'autre une pince à la main.
Ils sondèrent la muraille, et, à l'endroit où elle leur parut la moins épaisse, ils se mirent à la besogne.
—Et maintenant, monseigneur, demanda la supérieure, que dois-je faire?
—Allez faire chauffer votre propre chambre, ordonna le cardinal, et préparer un souper.
La supérieure s'éloigna, le cardinal put la suivre des yeux, grâce à la cire allumée qu'elle emportait avec elle. Il la vit rentrer dans l'intérieur du couvent. Probablement, l'intention ne lui était pas même venue de lutter contre l'événement qui s'accomplissait; elle savait trop bien qu'au point où elle en était, quoique le pouvoir du cardinal fût loin d'avoir atteint la hauteur à laquelle il devait parvenir, elle n'avait à attendre de miséricorde que de lui, sa puissance ecclésiastique étant encore plus étendue à cette époque que sa puissance temporelle. Sous ces deux rapports, elle relevait entièrement de lui; comme maison de correction du pouvoir temporel, comme maison religieuse du pouvoir ecclésiastique.
Lorsque la prisonnière entendit résonner sur la pierre les coups de pioche et les grincements de la pince, elle crut seulement alors à ce que lui avait promis le cardinal.