C'était, dans Sully, une façon de tâter son maître. Peut-être, si Henri IV eût exigé, Sully cédait-il; ce fut Henri IV qui céda. Alors Sully s'aperçut d'une chose, c'est que le roi n'aimait pas autant Gabrielle qu'il le croyait lui-même.
Il lui opposa—à elle qui commençait à vieillir—une rivale toujours jeune, toujours belle, toujours séduisante: une caisse pleine.
Gabrielle était, hélas! une caisse vide.
Cette caisse pleine était celle du grand duc de Toscane.
Ce dernier avait, depuis quelques années, envoyé au roi le portrait de sa nièce, un charmant portrait rayonnant de jeunesse et de fraîcheur, et dans lequel l'obésité précoce de Marie de Médicis pouvait être désignée sous le nom de florissante santé.
Gabrielle le vit.
—Je n'ai pas peur du portrait, dit-elle, mais de la caisse.
Henri IV fut mis en demeure de choisir entre la femme et l'argent.
Et comme il ne se décidait pas assez vite pour l'argent, on empoisonna la femme.
Il y avait à Paris un ex-cordonnier de Lucques, mais de race mauresque, nommé Zamet et signant pour tout titre dans les actes qu'il passait: Seigneur de dix sept cent mille écus. Adroit à tous les métiers, apte à faire fortune dans tous, Zamet, du temps qu'il était cordonnier, était parvenu à faire du pied de Henri III, pied fondant, il est vrai, pour nous servir d'un terme de la profession, un véritable pied de femme. Henri III, charmé de se voir un pied si charmant, nomma Zamet directeur de son petit cabinet, où il élevait et instruisait douze enfants de chœur: cet excellent roi aimait la musique!