—C'est en effet ce que nous avons de mieux à faire. Aidez-moi, mon ami, heureusement nous sommes à cinquante pas à peine de l'hôtel de Rambouillet.

—Ah! dit l'autre, quel malheur! une partie qui avait si bien commencé!

Et tandis qu'ils emportaient le plus doucement possible le marquis Pisani chez sa mère, Souscarrières disparaissait au coin de la rue des Orties et de la rue Fromenteau, en disant:

—Ces damnés bossus, je ne sais pas ce qui les enrage contre moi! voilà le troisième auquel je suis obligé de passer mon épée au travers du corps, pour me débarrasser de lui!


CHAPITRE IV.

L'HOTEL DE RAMBOUILLET.

Le célèbre hôtel Rambouillet était situé entre l'église Saint-Thomas-du Louvre, bâti vers la fin du douzième siècle, sous l'invocation de Saint-Thomas, martyr, et l'hôpital des Quinze-Vingts, fondé sous le règne de Louis IX, à son retour d'Egypte, en faveur de trois cents, ou, comme on disait alors, de «quinze-vingts» gentilshommes, à qui les Sarrazins avaient crevé les yeux.

La marquise de Rambouillet, qui l'avait fait bâtir, et nous allons dire comment tout à l'heure—était née en 1588,—c'est-à-dire l'année où le duc de Guise et son frère furent assassinés aux Etats de Blois, par ordre de Henri III.—Elle était la fille de Jean de Vivone, marquis de Pisani, et de Julie Savelli, dame romaine de l'illustre famille des Savelli, qui a donné deux papes: Honoré III et Honoré IV, à la chrétienté—et une sainte à l'Eglise: sainte Lucine.

Elle avait, à l'âge de douze ans, épousé le marquis de Rambouillet, de la maison d'Angennes,—maison illustre qui, de son côté, avait donné le cardinal de Rambouillet, et ce marquis de Rambouillet, qui fut vice-roi de Pologne en attendant l'arrivée de Henri III.