Et levant les plats les uns après les autres:
—Ah! ah! blancs de chapons à la royale, un salmis de pluviers et d'alouettes, deux bécasses rôties, champignons farcis à la provençale, écrevisses à la manière de Bordeaux; à la rigueur, on peut déjeuner avec cela.
—Hé pardieu! fit Mulot, de la nourriture on en aura toujours assez; chacun sait que M. le cardinal donne dans tous les péchés mortels et particulièrement dans celui de la gourmandise; mais ce sont les vins qu'il s'agit d'examiner: Bouzy rouge, hum! bordeaux grand cru, c'est bon pour les gens qui ont mal à l'estomac, comme tous les vins de Bordeaux. Vivent les vins de Bourgogne! Nuits, ah! ah! pomard, moulin-à-vent, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux, mais enfin il faudra s'en contenter.
—Comment, l'abbé, vous avez à votre déjeuner du champagne, du bordeaux, du bourgogne, et vous ne trouvez pas que ce soit assez?
—Je ne dis pas qu'il n'y en ait point assez, dit Mulot en se radoucissant, je dis seulement qu'il pourrait être meilleur.
—Déjeunes-tu avec nous, le Bois? demanda le cardinal.
—Son Eminence m'excusera; elle m'a fait ordonner de venir ce matin, mais elle ne m'a point parlé de déjeuner, et j'ai déjeuné avec Racan, qui ôtait ses chausses sur une borne au coin de la vieille rue du Temple et de la rue Saint-Antoine.
—Que diable viens-tu me conter-là? Mettez-vous donc à table, Mulot; asseyez-vous Lafalone, et silence pour écouter M. le Bois, qui va nous conter quelque joli mensonge.
—Qu'il conte! qu'il conte! dit Lafalone, ce n'est pas moi qui l'interromprai.
—Je bois ce verre de pomard à votre récit, maître le Bois, dit Mulot avec un reste de rancune, et qu'il soit plus amusant que d'habitude.