—Excellente, monseigneur, si ce n'est pas trop loin.

—Le renseignement que j'ai à vous demander concerne un fait ou plutôt deux faits qui se sont passés du 9 au 11 mai 1610.

Mlle de Gournay fit un soubresaut à cette date, et regarda le cardinal d'un œil qui trahissait l'inquiétude.

—Du 9 au 11 mai, répéta-t-elle, du 9 au 11 mai 1610, c'est-à-dire l'année même où fut assassiné notre pauvre cher roi Henri IV, le bien-aimé.

—Justement, mademoiselle, et le renseignement que j'ai à vous demander est relatif à sa mort.

Mlle de Gournay ne répondit rien, mais son inquiétude parut redoubler.

—Ne vous inquiétez point, mademoiselle, dit Richelieu, l'espèce d'enquête que je vous fais subir ne vous concerne aucunement. Et, bien loin de vous en vouloir, sachez, pour n'en avoir de reconnaissance qu'à vous même, que c'est à votre fidélité aux bons principes, à cette époque, bien plus qu'à la sollicitation de Bois-Robert, que vous devez la faveur, bien au-dessous de votre mérite, que je viens de vous accorder.

—Excusez-moi, monseigneur, dit la pauvre fille toute troublée, mais je n'y comprends rien.

—Deux mots suffiront pour vous mettre au courant: vous avez connu une femme nommée Jeanne le Voyer, dame de Coëtman?

Cette fois, Mlle de Gournay tressaillit et pâlit visiblement.