—Mais Votre Majesté n'a pas entendu ce qu'il a dit.

—Si fait, mais tu m'en dis bien d'autres à moi.

—A vous, Sire?

—Oui, tout à l'heure, quand, en jouant à la raquette, j'ai manqué le volant. Ne m'as-tu pas dit: «En voilà un beau Louis le Juste!» Si je ne te regardais pas un peu comme le confrère de l'Angély, crois-tu que je te laisserais me dire de ces choses-là? Allons larder, messieurs, allons larder!

Ces deux mots: Allons larder, méritent une explication, sous peine de ne pas être intelligibles pour nos lecteurs; cette explication, nous allons la donner.

Nous avons dit, à deux endroits différents déjà, que, pour combattre sa mélancolie, le roi se livrait à toute sorte de divertissements qui ne le divertissaient pas. Il avait, enfant, fait des canons avec du cuir, des jets d'eau avec des plumes; étant jeune homme il avait enluminé des images, ce que ses courtisans avaient appelé faire de la peinture; il avait fait ce que ses courtisans avaient appelé de la musique, c'est-à-dire joué du tambour, exercice auquel, s'il faut en croire Bassompierre, il réussissait très-bien.

Il avait fait des cages et des châssis, avec M. des Noyers. Il s'était fait confiturier et avait fait d'excellentes confitures; puis jardinier et avait réussi à avoir en février des pois verts qu'il avait fait vendre, et que, pour lui faire sa cour, M. de Montauron avait achetés. Enfin il s'était mis à faire la barbe, et un beau jour, dans l'ardeur qu'il avait pour cet amusement, il avait réuni tous ses officiers, et lui-même leur avait coupé la barbe, ne leur laissant au menton, dans sa parcimonieuse munificence que ce bouquet de poil que, depuis ce jour, en commémoration d'une main auguste, on a appelé une royale, si bien que le lendemain, le pont-Neuf suivant courait par le Louvre:

Hélas! ma pauvre barbe,
Qui t'a donc faite ainsi?
C'est le grand roi Louis
Treizième de ce nom
Qui toute ébarba sa maison.

Ça, monsieur de la Force,
Faut vous la faire aussi.
Hélas, Sire, merci,
Ne me la faites pas:
Me méconnaîtraient mes soldats.

Laissons la barbe en pointe
Au cousin Richelieu,
Car par la vertudieu
Ce serait trop oser
Que de prétendre la raser.