—Et cependant, mon cher marquis, la chose est claire, lui dit le maître des requêtes: Guadaçamilles.
Le marquis l'arrêta.
—Parlez-vous espagnol? demanda-t-il au magistrat.
—Non.
—Savez-vous ce que veut dire: Guadaçamilles?
—Non, mais par le nom seul, je préjuge que cela signifie quelque chose de formidable.
—Eh bien! mon cher monsieur, cela signifie: Tapisserie de cuir pour M. de Bassompierre.
Le maître des requêtes n'y voulait point croire. Il fallut qu'on se procurât un dictionnaire espagnol et que le maître des requêtes y cherchât lui-même la traduction du mot qui l'avait tant préoccupé.
Le fait est que Lopez était d'origine mauresque; mais les Maures ayant été chassés d'Espagne en 1610, Lopez avait été envoyé en France pour y plaider les intérêts des fugitifs et adressé à M. le marquis de Rambouillet, qui parlait espagnol. Lopez était un homme d'esprit; il conseilla à des marchands de draps une opération à Constantinople: l'opération réussit; les marchands lui firent, dans leurs bénéfices, une part sur laquelle il ne comptait pas: avec cette part, il acheta un diamant brut, le fit tailler, gagna dessus, de sorte que de toutes parts on lui envoyait des diamants bruts comme au meilleur tailleur de diamants qui existât. Il en résulta que toutes les belles pierreries de l'époque lui passèrent par les mains, d'autant plus qu'il eut la chance de trouver un ouvrier encore plus habile que lui, qui consentit à s'engager à son service. Cet homme était tellement adroit que, lorsqu'il était nécessaire, il fendait un diamant en deux.
Lorsqu'il s'était agi du siége de La Rochelle, le cardinal l'avait envoyé en Hollande pour faire faire des vaisseaux, et même pour en acheter de tout faits. A Amsterdam et à Rotterdam, il avait acheté une foule de choses venant de l'Inde et de la Chine, de façon qu'il avait en quelque sorte non-seulement importé, mais encore inventé le bric-à-brac en France.