—Eh bien, comte, maintenant croyez-vous que ce soit pour moi et par crainte du mal que vous pouvez me faire, que je suis arrivé à réunir sur vous de si exacts renseignements?

—Je ne sais, mais il est probable que Votre Eminence a eu cependant un intérêt quelconque.

—Un grand, comte, j'ai voulu sauver le fils du roi Henri IV du mal qu'il pouvait se faire à lui-même.

—Comment cela, monseigneur?

—Que la reine Marie de Médicis, qui est à la fois Italienne et Autrichienne, que la reine Anne d'Autriche, qui est à la fois Autrichienne et Espagnole, conspirent contre la France, c'est un crime, mais un crime qui se conçoit, les liens de famille ne l'emportent souvent que trop sur les devoirs de la royauté. Mais que le comte de Moret, c'est-à-dire le fils d'une Française et du roi le plus français qui ait jamais existé, conspire avec deux reines aveugles et parjures en faveur de l'Espagne et de l'Autriche, c'est ce que j'empêcherai, par la persuasion d'abord, par la prière ensuite, et enfin par la force s'il le faut.

—Mais qui vous a dit que je conspire, monseigneur?

—Vous ne conspirez pas encore, comte; mais peut-être, par entraînement chevaleresque, n'eussiez-vous point tardé à conspirer, et c'est pour cela que j'ai voulu vous dire à vous-même: Fils de Henri IV, toute sa vie votre père a poursuivi l'abaissement de l'Espagne et de l'Autriche. Ne vous alliez pas à ceux qui veulent leur élévation aux dépens des intérêts de la France. Fils de Henri IV, l'Autriche et l'Espagne ont tué votre père; ne commettez pas cette impiété de vous allier aux ennemis de votre père.

—Mais pourquoi Votre Eminence ne dit-elle pas à Monsieur ce qu'elle me dit à moi?

—Parce que Monsieur n'a rien à faire là-dedans, étant le fils de Concini, et non de Henri IV.

—Monsieur le cardinal, songez à ce que vous dites.