Il se retourna vers sa mère comme vers l'antagoniste le plus dangereux:
—Par ma foi de gentilhomme, madame, je croyais la discussion finie avec le conseil, et que, le conseil fini, j'échapperais à de nouvelles persécutions. Que me voulez-vous? dites vite.
—Je veux, mon fils, dit Marie de Médicis, tandis que la reine, les mains jointes, semblait s'unir par une prière mentale aux prières de sa belle mère,—je veux que vous ayez pitié sinon de nous que vous désespérez, du moins de vous-même. Ce n'est donc pas assez que, faible et souffrant comme vous l'êtes, cet homme vous ait tenu six mois dans les marais de l'Aunis; le voilà maintenant qui veut vous faire essuyer les neiges des Alpes pendant les plus grandes rigueurs de l'hiver.
—Eh! madame, dit le roi, les fièvres de marais, auxquelles Dieu a permis que j'échappasse, M. le cardinal ne les a-t-il point bravées comme moi, et direz-vous qu'en m'exposant il se ménage? Ces neiges, ces froideurs des Alpes, dois-je les supporter seul, et ne sera-t-il pas là, à mes côtés, pour donner avec moi aux soldats, l'exemple du courage, de la constance et des privations?
—Je ne conteste pas, mon fils; l'exemple fut en effet donné par M. le cardinal en même temps que par vous; mais comparez-vous l'importance de votre vie à la sienne? Dix ministres comme M. le cardinal peuvent mourir sans que la monarchie soit une minute ébranlée; mais vous, à la moindre indisposition, la France tremble, et votre mère et votre femme supplient Dieu de vous conserver à la France et à elles!
La reine Anne d'Autriche se mit à genoux en effet.
—Monseigneur, dit-elle, nous sommes non-seulement à genoux devant le Seigneur Dieu, mais devant vous, pour vous supplier comme nous supplierions Dieu, de ne pas nous abandonner. Songez que ce que Votre Majesté regarde comme un devoir est pour nous l'objet d'une terreur profonde, et en effet, s'il arrivait malheur à Votre Majesté qu'arriverait-il de nous et de la France?
—Le Seigneur Dieu, en permettant ma mort, en aurait prévu les suites et serait là pour y pourvoir, madame. Il est impossible de rien changer aux résolutions prises.
—Et pourquoi cela? demanda Marie de Médicis; est-il donc besoin, puisque cette malheureuse guerre est décidée contre notre avis à tous....
—A toutes! vous voulez dire, madame, interrompit le roi.