—Non, dites la vérité, quelle qu'elle soit. Que pense-t-on de notre expédition d'Italie?

—On en rit, Sire.

—On en rit! Ne sait-on pas que j'en prends la conduite?

—Si fait, Sire; mais on dit que les reines vous feront changer d'avis, ou que Monsieur commandera sans vous; et comme alors on n'obéira qu'aux reines, et à Monsieur, il en sera de cette expédition comme de celle du duc de Nevers.

—Ah! l'on croit cela à Madrid!

—Oui, Sire, on en est même si sûr que l'on a écrit—je sais cela d'un des secrétaires du comte-duc que j'ai acheté—que l'on a écrit à don Gonzalve de Cordoue: «Si c'est le roi et Monsieur qui commandent l'armée, ne vous inquiétez de rien, l'armée ne franchira point le pas de Suze; mais si c'est le cardinal, au contraire, qui, sous le roi ou sans le roi, a la conduite de la guerre, ne négligez rien et détachez ce que vous pourrez de vos forces pour soutenir le duc de Savoie.»

—Vous êtes sûr de ce que vous me dites?

—Parfaitement sûr, Sire.

Le roi se remit à marcher dans le cabinet, la tête basse, le chapeau enfoncé sur les yeux, ainsi que c'était son habitude lorsqu'il était vivement préoccupé.

Puis, s'arrêtant tout à coup, et regardant fixement Beautru.