Quant à Marion, qui, en voyant le roi faire cette curieuse sortie, avait couru à la fenêtre et, en écartant le rideau, l'avait vu s'élancer dans son carrosse, elle demeura un instant immobile après la voiture disparue; puis, avec ce sourire malin et railleur qui n'appartenait qu'à elle:
—Décidément, dit-elle, j'aurais mieux fait de venir en page.
CHAPITRE XVI.
COMMENT, EN FAISANT CHACUN LEUR PREMIÈRE SORTIE, ETIENNE LATIL ET LE MARQUIS DE PISANI EURENT LA CHANCE DE SE RENCONTRER.
Nous avons dit que le cardinal s'était retiré dans sa maison de campagne de Chaillot pour laisser sa maison de la place Royale, c'est-à-dire son ministère, à Louis XIII.
Le bruit de sa disgrâce s'était vite répandu dans Paris, et dans un rendez-vous que Mme de Fargis avait donné à la Barbe Peinte au garde des sceaux Marillac, elle lui avait appris cette grande nouvelle.
Cette grande nouvelle avait bientôt débordé de la chambre où elle avait été dite,—elle était descendue jusqu'à Mme Soleil; de Mme Soleil elle avait gagné son époux et avec son époux elle était entrée dans la chambre d'Etienne Latil, qui, depuis trois jours seulement avait quitté son lit et commençait à se promener par la chambre appuyé sur son épée.
Maître Soleil lui avait offert sa propre canne,—beau jonc, à pommeau d'agate comme la bague de Muddarah le bâtard; mais Latil avait refusé, regardant comme indigne d'un homme d'épée de s'appuyer sur autre chose que sur son épée.
A cette nouvelle de la disgrâce de Richelieu, il s'arrêta court, s'appuya des deux mains sur le pommeau de sa rapière, et regardant maître Soleil en face: