—Non-seulement j'en ai assez, dit Latil, mais j'en ai trop; c'est pour cela que je veux absolument vous en rendre un.
—Tu abuses de ce que je ne puis pas encore me tenir sur mes jambes.
—Bah! vraiment, dit Latil; alors la partie est égale, nous allons nous battre assis. En garde, marquis!... Ah! vous n'avez pas là vos trois gardes du corps avec vous; et je vous défie de me faire donner un coup d'épée par derrière.
Et Latil tira son épée et en porta la pointe à la hauteur des yeux de son adversaire.
Il n'y avait point à reculer; un cercle entourait les deux chaises. D'ailleurs, nous l'avons déjà dit, le marquis Pisani était brave; il tira son épée à son tour, et sans que l'on vît ni l'un ni l'autre des combattants, les seules portières ouvertes étant celles qui correspondaient l'une à l'autre, on aperçut les deux lames passer chacune par une portière, se croiser, avec toutes les ressources de l'art, s'attaquant avec des feintes, parant avec des contres, plonger tour à tour avec rage dans l'intervalle, tantôt par l'une, tantôt par l'autre portière.
Enfin, après un combat qui dura près de cinq minutes, au grand amusement des spectateurs, un cri, ou plutôt un blasphème sortit de l'une des deux chaises.
Latil venait de clouer le bras de son adversaire à la carcasse de la chaise.
—Là! fit Etienne Latil, prenez toujours cela en à-compte, mon beau marquis, et n'oubliez pas que chaque fois que je vous rencontrerai je vous en ferai autant.
Les gens du peuple ont une grande prédilection pour les vainqueurs, surtout quand ils sont beaux et généreux.
Latil était plutôt bien que mal, il avait fait preuve de générosité en jetant quatre pistoles sur le pavé.