Azamor, roi de Phrygie, allié du roi de Bythinie, est non-seulement amoureux, mais encore fiancé de Mirame.

—Qui ne l'aime pas, dit Bois-Robert, parce qu'elle aime Arimant.

—Tu as deviné juste, le Bois, dit Richelieu en riant; vous voyez la situation, n'est-ce pas, messieurs?

—C'est bien simple, dit Colletet, Mirame aime l'ennemi de son père; elle trahit son père pour son amant.

Rotrou donna un second coup de genou à Corneille.

Corneille comprenait de moins en moins.

—Oh! comme vous y allez, Colletet, dit-il; trahit! trahit: C'est bon pour une femme de trahir son mari, mais une fille trahir complétement, matériellement son père, non, ce serait trop fort; non, elle se contente, au second acte, de recevoir son amant dans les jardins du palais.

—Comme certaine reine de France, dit l'Etoile, a reçu milord Buckingham...

—Eh bien, mais voulez-vous vous taire, monsieur de l'Etoile; si votre père vous entendait, il consignerait cela dans son journal comme un fait historique; enfin on en vient aux mains: Arimant, vainqueur d'abord, est, par un de ces retours de fortune si communs dans les annales de la guerre, vaincu ensuite par Azamor. Mirame apprend tour à tour sa victoire et sa défaite, ce qui lui permet de se livrer aux sentiments les plus opposés. Arimant, vaincu, n'a pas voulu survivre à sa honte; il s'est jeté sur son épée, on le croit mort. Mirame veut mourir et s'adresse à sa confidente, Mme de Chevreuse. Je me trompe. Comment le nom de Mme de Chevreuse se trouve-t-il sous ma langue à propos de Mirame? Elle s'adresse à sa confidente Almire, laquelle lui propose de s'empoisonner avec elle à l'aide d'une herbe qu'elle a apportée de Colchos. Toutes deux respirent l'herbe et tombent évanouies. Pendant ce temps, on a pansé les blessures d'Arimant, qui ne sont pas mortelles. Il revient à lui, mais pour se désespérer de la mort de Mirame. Quand Almire termine les angoisses de tout le monde en assurant qu'elle a fait respirer à la princesse une herbe somnifère et non vénéneuse, la même avec laquelle Médée a endormi le serpent qui gardait la toison d'or, qu'en conséquence Mirame n'est pas morte, mais qu'elle dort seulement, et Mirame reprend ses sens pour apprendre que son amant vit, que le roi de Colchos propose la paix, qu'Azamor renonce à sa main et que rien ne s'oppose plus à son union avec Arimant.