Bois-Robert avait communiqué avec Charpentier et avec Rossignol; il avait su le retour de Beautru, de La Saladie et de Charnassé. Il avait été trouver le Père Joseph dans son couvent, et dès la veille il avait pu dire au cardinal quelle avait été la réponse du moine; cette réponse avait fort réjoui Richelieu, qui avait confiance entière dans la discrétion, mais non pas dans l'ambition du moine, qui, en effet, plus tard le trahit, mais qui avait jugé que l'heure de la trahison n'était pas venue encore; enfin il savait que Souscarrières et Lopez devaient faire leurs rapports dans la journée.
Donc, tout espoir de revoir le roi n'était point perdu, et cette troisième journée que le cardinal avait fixée pour terme à ses espérances, n'était pas encore écoulée.
Vers deux heures, on entendit le galop d'un cheval, le cardinal courut à la fenêtre, quoiqu'il fût bien sûr que le cavalier ne pouvait être le roi.
Si sûr de lui même que fut le cardinal, il ne put retenir un cri de joie: un jeune homme, portant le costume des pages du roi, sauta lestement à bas de son cheval, jeta la bride au bras d'un laquais du cardinal qui reconnut Saint-Simon, cet ami de Baradas qui avait donné un si important avis à Marion Delorme.
—Bois-Robert, dit vivement le cardinal, faites entrer ce jeune homme près de moi et veillez à ce que personne ne nous interrompe.
Bois-Robert se précipita par les escaliers, et presque aussitôt, on entendit le pas rapide du jeune homme qui montait les degrés quatre à quatre.
A la porte de la chambre, où l'attendait le cardinal, il se trouva face à face avec lui.
Le jeune homme s'arrêta court, arracha plutôt qu'il ne souleva son chapeau de sa tête et mit un genou en terre devant le cardinal.
—Que faites-vous, monsieur? lui demanda en riant le cardinal, je ne suis pas le roi.
—Vous ne l'êtes plus, monseigneur, c'est vrai; mais avec l'aide de Dieu, dit le jeune homme, vous allez le redevenir.