—Que vous êtes le roi Louis XIII, et que je suis son humble serviteur, le cardinal de Richelieu, non, Sire, soyez tranquille; mais cependant, avec le profond respect que j'ai pour Votre Majesté, je demande la permission de vous le dire: si j'ai le malheur de la blesser, je me retirerai si loin que non-seulement elle n'aura jamais l'ennui de me revoir, ni même le désagrément d'entendre à l'avenir même prononcer mon nom. Si au contraire, elle admet que mes raisons soient bonnes, que mes sujets de plaintes soient réels, elle n'a qu'à me dire du même accent dont elle vient de dire: J'ai eu tort, elle n'aura qu'à dire: Cardinal, vous avez raison, et nous laisserons tomber le passé dans le gouffre de l'oubli.

—Parlez, monsieur, dit le roi, je vous écoute.

—Sire, commençons, s'il vous plaît, par ce qui ne peut pas se discuter, par mon désintéressement et ma probité.

—Les ai-je jamais attaqués? demanda le roi.

—Non, mais Votre Majesté les a laissé attaquer devant elle, et c'est un grand tort qu'elle a eu.

—Monsieur! fit le roi.

—Sire, ou je dirai tout, ou je me tairai; Votre Majesté m'ordonne-t-elle de me taire?

—Non, ventre saint-gris, comme disait le roi mon père, je vous ordonne, au contraire, de parler; mais..... ménagez-moi les reproches.

—Je suis cependant obligé de faire à Votre Majesté ceux que je crois qu'elle mérite.

Le roi se leva, frappa du pied, alla de son fauteuil à la fenêtre, de la fenêtre à la porte, de la porte à son fauteuil, regarda Richelieu, qui resta muet, et finit enfin par se rasseoir, en disant: