—La désirez-vous? s'écria le jeune homme.
Et avant que la jeune fille eût pu répondre, il s'était élancé et gravissait le roc qui le séparait du plateau et de la fleur.
—Comte, comte, s'écria la jeune fille, au nom du ciel! ne faites donc point de pareilles folies, ou je n'oserai plus rien regarder ou du moins ne plus rien voir.
Mais celui auquel on avait donné le titre de comte et dans la personne duquel nous n'avons aucune raison pour qu'on ne reconnaisse pas le comte de Moret, était déjà parvenu sur le plateau, avait déjà cueilli la fleur et se laissait, en vrai montagnard, glisser le long du rocher, quoiqu'il eût, en homme qui prévoit toutes les éventualités, ainsi que son compagnon, autour de la taille une corde roulée en guise de ceinture, corde destinée à aider le voyageur dans les montées et dans les descentes difficiles.
Il présenta la rose des Alpes à la jeune fille qui, rougissant de plaisir, la porta à ses lèvres, puis ouvrit sa robe et la glissa dans sa poitrine.
En ce moment, un bruit pareil à celui du tonnerre se fit entendre venant de la cime de la montagne; un nuage de neige obscurcit l'atmosphère, et l'on vit avec la rapidité de l'éclair glisser sur la déclivité rapide une montagne blanche qui allait se précipitant de haut en bas, et qui augmentait de vitesse et de force à mesure qu'elle se précipitait.
—Gare à l'avalanche! cria le plus jeune des deux voyageurs en sautant à bas de son mulet, tandis que son compagnon, saisissant Isabelle entre ses bras, allait s'appuyer avec elle contre le rocher auquel il demandait un abri.
La voyageuse pâle rejeta son capuchon en arrière et regarda tranquillement ce qui se passait.
Tout à coup cependant elle poussa un cri.
L'avalanche n'était que partielle; elle enveloppait un espace de cinq cents pas à peu près et commençait à deux cents pas en avant de la petite caravane, qui sentit la terre trembler sous ses pas et le souffle puissant de la mort passer devant elle.