Le comte sourit.
—J'ai étudié, lui dit-il, l'astronomie sous un grand maître italien, professeur à Padoue, qui, m'ayant pris en particulière amitié, m'a révélé ses secrets qu'il n'ose mettre au jour encore, les croyant dangereux à sa propre sûreté.
—La science comporte-t-elle de tels secrets? mon ami.
—Oui, si ces secrets sont en opposition avec les textes sacrés!
—Il faut croire, avant tout, comte! Et, dans les cœurs religieux, la foi prime la science.
—N'oubliez pas, chère Isabelle, que vous parlez à un fils de Henri IV; que je suis né d'un père mal converti, et que sa recommandation, non pas en mourant—hélas! sa mort a été si rapide qu'il n'a pas eu le temps de penser à moi—mais lorsqu'il vivait, était celle-ci: Laissez-le étudier, laissez-le apprendre, et, lorsqu'il saura, laissez la croyance à son libre examen.
—N'êtes-vous point catholique? demanda Isabelle avec une certaine inquiétude.
—Oh! si fait, rassurez-vous, dit le comte; seulement, mon professeur, vieux calviniste, m'a appris à soumettre toute croyance au creuset de ma raison, et à repousser toute théorie religieuse qui commence par annihiler une partie de l'intelligence au profit de la foi. Je crois donc, mais aux choses dont je me rends compte, répugnant à me laisser imposer toute croyance ténébreuse que ne saurait m'expliquer celui qui me la prêche, ce qui ne m'empêche pas de m'abîmer en Dieu, dans la paternité immense duquel j'irai chercher un refuge s'il m'arrivait jamais un grand malheur.
—Je respire, dit Isabelle en souriant, je craignais d'avoir affaire à un païen.
—Vous avez affaire à pis que cela, Isabelle. Un païen consent à se convertir; un penseur veut s'éclairer, et, en s'éclairant, c'est-à-dire au fur et à mesure qu'il s'avance vers la vérité éternelle, il s'éloigne du dogme. Si j'eusse vécu en Espagne du temps de Philippe II, chère Isabelle, il est probable qu'à l'heure, qu'il est, je serais brûlé comme hérétique.