Guillaume fit entrer les quatre voyageurs sous l'arche du pont, lia avec des mouchoirs la bouche aux mulets, tandis que son compagnon s'éloignait par la branche du chemin qui remontait à Venaux.
Bientôt on entendit distinctement les pas des bandits espagnols; cachés comme ils l'étaient et protégés par la double obscurité des nuages et du pont, les voyageurs étaient complétement invisibles, et si quelque bruit ou quelque accident imprévu ne les trahissait pas, il était impossible qu'ils fussent découverts.
Les Espagnols s'arrêtèrent sur le pont même et entrèrent en délibération pour décider laquelle des deux branches ils prendraient, de celle qui descendait vers Suze ou de celle qui montait vers Venaux.
La discussion était vive, et ceux des voyageurs qui entendaient l'espagnol pouvaient entendre les raisons que chacun faisait valoir à l'appui de son opinion.
Tout à coup on entendit une chanson chantée par une voix d'homme. L'homme qui chantait cette chanson venait de Giacon.
Guillaume serra la main du comte de Moret en mettant un doigt sur ses lèvres: il avait reconnu la voix de son compagnon.
Cette voix produisit à l'instant l'effet d'interrompre la conversation des routiers.
—Bon! reprit l'un d'eux après un instant de silence, nous allons être renseignés.
Quatre se détachèrent et allèrent au-devant du chanteur.
—Eh! l'homme, lui demandèrent-ils en italien, quoiqu'ils se servissent de la locution espagnole hombre, as-tu rencontré des voyageurs sur ta route?