Le lendemain, on tint conseil.

On pouvait descendre dans la plaine, et par Rivarolo et Joui, gagner le lac Majeur; mais là on rencontrait un danger pire: on tombait entre les mains des Espagnols.

Il est vrai que le comte de Moret, chargé à son départ de France d'une lettre de don Gonzales de Cordoue, gouverneur de Milan, pour la reine Anne, pouvait aller droit à lui, et dire qu'il revenait au nom des deux reines, chargé de quelque mission pour Rome ou pour Venise; mais il lui fallait ruser, et toute dissimulation pesait au cœur loyal de ce vrai fils du Béarnais.

Puis, ce qui était plus probable encore, ce moyen, qui simplifiait les choses, abrégeait en même temps le voyage, et ce que voulait Antoine de Bourbon, c'est que le voyage, au contraire, durât indéfiniment. Son avis, tout puissant d'ailleurs, l'emporta donc.

Cet avis était que l'on fît un grand détour par Boste, Damudossolo, Sonovre, et qu'en contournant tout le bassin lombard on arrivât à Vérone, où l'on serait en sûreté. A Vérone on se séparerait un ou deux jours, et après ce repos, dont les femmes surtout, après un pareil voyage qui ne se pouvait faire qu'à mulet ou à cheval, auraient grand besoin, on partirait pour Mantoue, terme du voyage.

A Ivrica, le contrebandier qui était venu donner avis à la petite caravane du danger qu'elle courait, quitta les voyageurs, parfaitement récompensé de son dévouement, récompense qui convainquait d'autant plus Guillaume Coutet qu'il avait l'honneur de servir de guide à quelque grand seigneur voyageant incognito.

Mais rendons-lui cette justice de dire que ce fut la reconnaissance, et non cette certitude, qui lui fit insister pour accompagner les voyageurs jusqu'au bout de leur voyage. Au reste, ce fut chose facile à obtenir. Si Guillaume Coutet avait voué au comte la reconnaissance que doit l'homme à celui qui lui a sauvé la vie, Antoine de Bourbon éprouvait pour lui cette profonde sympathie et cette douce tendresse que ressent de son côté le sauveur pour l'homme auquel il l'a sauvée.

Après des incidents divers, mais qui, n'ayant pas la gravité de ceux que nous avons racontés, n'auraient pas un assez puissant intérêt pour mériter l'attention du lecteur, après vingt-sept jours de voyage et de fatigue, on arriva enfin à Mantoue, par Tordi, Nogaro et Castellarez.


CHAPITRE VIII.