—Tu me parais bien fort sur l'étiquette pour un soldat?

—J'ai d'abord été page de M. le duc d'Epernon, et c'est à cette époque que j'eus l'honneur de présenter plus d'une fois au roi Henri IV des lettres de la façon dont je viens d'avoir l'honneur d'en présenter une à son fils.

—Page du duc d'Epernon! répéta le roi.

—Et comme tel, Sire, j'étais sur le marchepied de la voiture le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie; Votre Majesté n'a-t-elle point entendu raconter que c'était un page qui avait arrêté l'assassin dont il n'avait pas voulu lâcher le manteau malgré les coups de couteau dont il avait eu les mains criblées.

Latil, toujours un genou en terre devant le roi, tira ses gants de peau de daim, et, montrant ses mains sillonnées de cicatrices:

—Sire, voyez mes mains, dit-il.

Le roi regarda un instant cet homme avec une émotion visible, puis:

—Ces mains-là, dit-il, ne peuvent être que des mains loyales; donne-moi tes mains, mon brave.

Et, prenant les mains de Latil il les lui serra.

—Maintenant, dit il, relève-toi.