Le cardinal voulait que le jeune prince prît quelques heures de repos, mais celui-ci s'y refusa; s'il voulait être arrivé à temps pour faire sa diversion au moment de l'attaque, il n'avait pas une minute à perdre.
Il pria le cardinal de lui donner, pour commander sous lui, Etienne Latil, du dévouement et du courage desquels il n'avait point à douter.
C'était combler tous les désirs de celui-ci.
A trois heures la troupe partit sans bruit, chaque homme portait sur lui une journée de vivres.
Nul des cinq cents soldats qui allaient marcher sous les ordres du comte de Moret ne connaissait ce jeune capitaine; mais lorsqu'on leur eut dit que celui qu'ils avaient pour chef était le fils de Henri IV, ils se pressèrent autour de lui avec des cris de joie, et il fallut qu'à la lueur de deux torches il laissât voir son visage dont la ressemblance avec celui du Béarnais redoubla l'enthousiasme.
A peine les cinq cents hommes du comte de Moret eurent-ils défilé, protégés par une nuit dont l'obscurité ne permettait pas de voir à dix pas devant soi, que le reste de l'armée se mit en mouvement. Le temps était exécrable, la terre était couverte de deux pieds de neige.
On fit halte cinq cents pas en avant du rocher de Gélasse.
Six pièces de canon de six livres de balles étaient menées au crochet pour forcer la barricade.
Cinquante hommes restaient à la garde du parc d'artillerie.
Les troupes qui devaient donner étaient sept compagnies des gardes, six des Suisses, dix-neuf de Navarre, quatorze d'Estissac et quinze de Saulx.