—Rien de plus facile, Monseigneur; seulement aussitôt que vous le verrez tomber avec son cheval, chargez vigoureusement: ses hommes, qui le croiront mort, se débanderont. Piquez droit et prenez le drapeau, moi je prendrai le colonel; après cela aimez-vous mieux prendre le colonel, je prendrai le drapeau. Seulement le colonel payera une bonne rançon de 3 ou 4 mille pistoles, tandis que le drapeau, c'est de la gloire, mais voilà tout.
—A moi donc le drapeau, dit le comte de Moret, et à toi le colonel.
—Là, maintenant... Battez tambours et sonnez trompettes!
Le comte de Moret leva son épée, et les tambours battirent et les trompettes sonnèrent la charge.
Latil prit quatre hommes autour de lui, tenant chacun un mousquet à la main, et prêt à lui passer une arme nouvelle quand la première, la seconde et même la troisième seraient déchargées.
Au reste, au son des tambours et des clairons français, la troupe savoyarde avait paru s'animer.
Le colonel Belon avait prononcé quelques paroles auxquelles elle avait répondu par les cris de: «Vive Charles-Emmanuel!» elle avait de son côté fait un mouvement agressif.
Les deux troupes n'étaient plus qu'à cinquante pas l'une de l'autre.
La troupe savoyarde s'arrêta pour faire feu.
—C'est le moment, dit Latil; attention, monseigneur! essuyons le feu; ripostons et chargez au drapeau.