—Je me rends, dit le colonel en tendant son épée à Latil.
—Secouru ou non secouru?
—Secouru ou non secouru.
—Alors, colonel, gardez votre épée, on ne désarme pas un brave officier comme vous; nous nous reverrons après le combat. Si je suis tué vous êtes libre.
Et à ces mots, il aida le colonel à se tirer de dessous son cheval, et lorsqu'il l'eut vu sur ses pieds, il s'élança au milieu des rangs piémontais.
Ce que Latil avait prévu était arrivé. En voyant tomber leur colonel, les soldats de Charles-Emmanuel ignorant si c'était lui ou son cheval qui était tué, s'étaient laissés intimider. En outre, le comte avait attaqué avec une telle violence, que les rangs s'étaient ouverts devant lui et qu'il avait atteint le drapeau autour duquel quelques braves Savoyards, Valaisans et Piémontais livraient une lutte acharnée.
Latil se jeta où la mêlée était la plus épaisse, en criant d'une voix de tonnerre: «Moret! Moret! à la rescousse! Un beau coup d'épée pour le fils de Henri IV!»
Ce fut le dernier coup porté à la troupe ennemie. Le comte de Moret avait saisi le drapeau savoyard de la main gauche et abattait d'un coup d'épée celui qui le portait. Il l'éleva au-dessus de toutes les têtes en criant: «Victoire à la France! vive le roi Louis XIII!»
Le cri fut répété au milieu de la déroute par tout ce qu'il y avait de Français debout. La petite troupe envoyée pour s'opposer au comte de Moret, regagnait à toutes jambes et diminuée d'un tiers.
—Ne perdons pas une minute, monseigneur, dit Latil au comte, poursuivons-les en tirant, dussions-nous ne pas leur tuer un homme; mais il est important que l'on entende notre feu des retranchements.