—Comment, monsieur le cardinal, vous n'attendez pas même qu'on nous la demande?

—Sire, vous avez un si bon prétexte de faire les premières avances.

—Lequel?

—Dites que c'est en considération de la princesse Christine, votre sœur.

—Tiens, c'est vrai, dit le roi, j'oublie toujours que j'ai une famille; il est vrai, ajouta-t-il avec amertume, que ma famille prend soin de m'en faire souvenir. Vous pensez donc?...

—Je pense, Sire, que la guerre est une cruelle nécessité, et qu'appartenant à une Eglise qui abhorre le sang, il est de mon devoir d'en laisser répandre le moins possible. Or, tout vous est permis, Sire, après une journée si glorieuse, et le Dieu des armées est aussi le Dieu de la miséricorde et de la clémence.

—Comment présenterez-vous la chose à Sa M. le roi des Marmottes, dit le roi en employant le titre dont s'était servi Henri IV après la conquête de la Bresse, du Bugey, du Valromey et du comté de Gex.

—C'est bien facile, Sire; j'écrirai au nom de Votre Majesté au duc de Savoie que vous lui laissez encore le choix de la paix ou de la guerre; que s'il préfère la guerre, nous continuerons de le battre comme nous avons fait aujourd'hui, et comme votre auguste père a fait dans le passé; que si, au contraire, il choisit la paix, nous traiterons avec lui sur les mêmes bases qu'avant la victoire; c'est-à-dire qu'il accordera passage aux troupes de France, leur fournira des étapes et contribuera de tout son pouvoir à secourir Cazal, en donnant des vivres et des munitions de guerre, que le roi paiera aux prix des trois derniers marchés; que le duc de Savoie laissera passer à l'avenir, par quelque endroit de son pays que ce puisse être, les troupes et tout le matériel de guerre qui seraient jugés nécessaires à la défense de Montferrat, dans le cas où le Montferrat serait attaqué ou que l'on craigne avec raison qu'il ne le soit; que pour sécurité de l'exécution de ces deux derniers articles, le duc de Savoie remettra la citadelle de Suze et le château de Gélasse entre les mains de Sa Majesté, et qu'il y sera laissé une garnison de Suisses, commandée par un officier nommé par vous, Sire.

—Mais lui, le Savoyard, demandera naturellement quelque chose en échange de tout cela.

—Nous irons, si vous le voulez bien, Sire, au-devant de sa demande, nous offrirons de lui faire céder par le duc de Mantoue, en dédommagement des droits de la maison de Savoie sur le Montferrat, la propriété de la ville de Trino avec quinze mille écus d'or de revenus.