La garnison avait vie et bagages sauvés.


CHAPITRE XXII.

L'AIGLE ET LE RENARD.

Le surlendemain, le cardinal de Richelieu entrait dans le fort de Pignerol juste au moment où Charles-Emmanuel sortait de Turin pour venir le secourir.

Mais, à trois lieues de Turin, ses éclaireurs lui annoncèrent qu'un corps de huit cents hommes à peu près venait à sa rencontre avec les bannières savoyardes.

Il envoya un de ses officiers reconnaître quel était ce corps; et l'officier lui revint dire, à son grand étonnement, que c'était la garnison de Pignerol qui regagnait Turin. Le fort s'était rendu.

La nouvelle produisit sur Charles-Emmanuel une terrible impression. Il s'arrêta un instant, pâlit, passa sa main sur son front en appelant le commandant de sa cavalerie:

—Chargez-moi toute cette canaille, dit-il, en lui montrant les pauvres diables qui n'en pouvaient mais, puisque ce n'était point la garnison, mais le gouverneur qui s'était rendu; et s'il est possible, que pas un n'en reste debout.

L'ordre fut exécuté à la lettre et les trois quarts de ces malheureux furent passés au fil de l'épée.