—Aimez-vous mieux vous en rapporter à la parole de cet homme qui jamais une fois n'a tenu sa parole.
La reine garda un instant le silence.
—Mais enfin, dit-elle en cachant sa tête dans la poitrine de sa confidente, en supposant, ma chère Fargis, qu'avec la permission de mon confesseur j'acceptasse—oh! rien que d'y penser j'ai honte—en supposant que j'acceptasse le moyen que vous me proposez, ce ne serait qu'à la dernière extrémité, et jusque-là, ne pourrait-on en tenter d'autres?
—Voulez-vous me permettre, chère maîtresse, à moi, dit madame de Fargis, en profitant de l'abandon de la reine pour passer un bras autour de son cou et en fixant sur elle ses yeux étincelants comme des diamants, voulez-vous me permettre de vous raconter une légende de la cour de Henri II, laquelle a rapport à la reine Catherine de Médicis?
—Dites, ma bien chère, fit la reine, en laissant aller sa tête avec un soupir sur l'épaule de la sirène, dont elle avait l'imprudence d'écouter la voix.
—Eh bien, la légende dit que la reine Catherine de Médicis, arrivée en France à l'âge de quatorze ans, et mariée aussitôt au jeune roi Henri II, fut, comme Votre Majesté, onze ans sans avoir d'enfants.
—Je suis mariée, moi, depuis quatorze ans! dit la reine.
—C'est-à-dire, fit en riant Mme de Fargis, que les noces de Votre Majesté datent de 1616, mais que son mariage ne date en réalité que de 1619.
—C'est vrai, dit la reine; et à quoi tenait cette stérilité de la reine Catherine? Le roi Henri II n'avait point, ce me semble, la même répugnance que le roi Louis XIII, et Mme Diane de Poitiers est là pour en faire foi.
—Il n'avait point de répugnance pour les femmes, non; mais pour sa femme il en avait.