Il avait tout arrangé d'avance, s'était assuré qu'aucun parent, aucun amant, aucun ami ne s'opposerait au dévouement de la jeune fille; mais sur le conseil de la reine Marie, il avait attendu le retour de Mme de Fargis, pensant qu'il n'y avait qu'elle qui pût présenter à la reine cette tasse d'absinthe en la frottant de miel.
On a vu de quelle manière la reine l'avait avalée.
Mais lorsqu'elle vit la belle jeune fille se jeter à ses pieds les bras tendus, en s'écriant:
«Tout, tout pour vous, ma reine!» elle vit bien que cette fraîche beauté, que cette douce voix, ne pouvait mentir, et elle la releva avec bienveillance.
Dans la même soirée, tout fut arrêté. Mlle de Hautefort tâcherait de se faire aimer du roi et, une fois aimée, userait de toute l'influence que lui donnerait l'amour du roi, pour le ramener à la reine, et lui faire renvoyer le cardinal de Richelieu.
Il ne s'agissait que de faire apparaître la belle dévouée dans des conditions de mise en scène qui ravîssent Louis XIII.
Les reines annoncèrent que le roi étant à Fontainebleau, elles y iraient faire leurs pâques avec lui.
Et, en effet, elles arrivèrent la veille du dimanche des Rameaux.
Le lendemain, le roi entendit la messe dans la chapelle du château, où tout le monde était appelé à entendre la messe avec Sa Majesté. A quelques pas de lui, éclairée par un rayon de soleil, à travers des vitraux peints qui lui faisaient une auréole d'or et de pourpre, était une jeune fille à genoux sur la dalle nue.
Lui, le roi, avait les genoux moelleusement posés sur un coussin à glands d'or.