CHAPITRE X.

LES LETTRES QU'ON LIT DEVANT TÉMOINS ET LES LETTRES QU'ON LIT TOUT SEUL.

Le comte de Moret secoua sa jeune et gracieuse tête, comme pour en faire tomber l'incessante préoccupation à laquelle il était en proie, et poussant la porte devant lui, il se trouva sur le seuil de la chambre à coucher d'Anne d'Autriche.

Son premier regard, nous devons l'avouer, malgré le haut rang des personnes qui se trouvaient dans cette chambre, fut pour y chercher le guide charmant qui l'y avait conduit et qui, après l'y avoir conduit, l'avait quitté, sans qu'il pût même voir son visage. Mais son regard eut beau plonger dans les lointains les plus obscurs de l'appartement, force lui fut de revenir au premier plan et de fixer ses yeux et son esprit sur le groupe placé dans la lumière.

Ce groupe, nous l'avons dit, se composait de trois personnes et ces trois personnes étaient: la reine mère, la reine régnante et le duc d'Orléans.

La reine-mère était debout au chevet d'Anne d'Autriche; Anne d'Autriche était couchée; Gaston était assis au pied du lit de sa belle-sœur.

Le comte salua profondément, puis s'avançant vers le lit, il mit un genou en terre devant Anne d'Autriche, qui lui donna sa main à baiser, puis se baissant jusqu'au parquet, le jeune prince toucha de ses lèvres le bas de la robe de Marie de Médicis; puis enfin, toujours un genou en terre, il se tourna vers Gaston pour lui baiser la main, mais celui-ci le releva en lui disant:

—Dans mes bras, mon frère.

Le comte de Moret, cœur franc et loyal, véritable fils de Henri IV, ne pouvait croire à tout ce que l'on disait de Gaston. Il était en Angleterre lors du complot de Chalais, et c'était là qu'il avait connu madame de Chevreuse, qui s'était bien gardée de lui dire la vérité sur ce complot. Il était en Italie lors des lâchetés de La Rochelle, où Gaston avait fait semblant d'être malade pour ne point aller au feu; de plus, ne s'étant jamais occupé que de ses plaisirs, il n'avait pris aucune part aux intrigues d'une cour dont la jalousie de Marie de Médicis, contre les enfants de son mari, l'avait toujours éloigné.

Il rendit donc joyeusement et de bon cœur à son frère Gaston l'embrassement dont il l'honorait.