—Ni les protestants ni le roi ne sont nos ennemis, Prince, dit la reine-mère, en appuyant avec affectation sur le mot prince; notre ennemi, notre seul ennemi, notre ennemi mortel, acharné, celui qui a juré notre perte, c'est le cardinal!
—Je n'aime point le cardinal, Madame, mais j'aurai l'honneur de vous faire observer qu'il est assez difficile à un gentilhomme de faire la guerre à un prêtre. Mais, d'un autre côté, si grandes que soient les adversités qu'il plaira à Dieu de lui envoyer, je les regarderais comme une punition trop légère encore de sa conduite envers vous. Cela suffit-il à Votre Majesté pour avoir toute confiance en moi.
—Vous savez déjà, n'est-ce pas monsieur, ce que Gonzalez de Cordoue dit à ma belle-fille. Gaston va vous dire ce que lui écrit sa sœur Christine. Parlez Gaston.
Le duc d'Orléans tendit la lettre même au comte de Moret, en l'invitant du geste à la lire.
Le comte la prit et la lut.
La princesse Christine écrivait à son frère de faire valoir près du roi cette raison qui lui paraissait déterminante, que mieux valait laisser Charles-Emmanuel, son beau-père, s'emparer de Mantoue et du Montferrat, que de les donner au duc de Nevers qui n'était qu'un étranger pour le roi Louis XIII, tandis que le prince de Savoie, son mari, auquel reviendrait un jour l'héritage de son père, était beau-frère du roi de France.
Le comte de Moret rendit avec un salut respectueux la lettre à Gaston.
—Qu'en pensez-vous, mon frère? demanda celui-ci.
—Je suis un pauvre politique, répondit le comte de Moret en souriant, mais je crois que cela vaut effectivement mieux, au point de vue de la famille surtout.
—Et maintenant à mon tour, dit Marie de Médicis, en donnant au comte de Moret la lettre du duc de Savoie, il est juste, monsieur, que vous connaissiez la note dont vous étiez porteur.