Lors du baptême de son fils aîné, le roi Ferdinand fit un cadeau plus ou moins précieux à chacun de ceux qui assistaient à la cérémonie sainte. Monsignor Perelli obtint dans cette distribution générale une tabatière d'or enrichie du chiffre du roi en diamans.

On comprend qu'une pareille preuve de la magnifique amitié de son roi devint on ne peut plus chère à monsignor Perelli. Aussi cette bienheureuse tabatière était-elle l'objet de son éternelle préoccupation. Il était toujours à la poursuivre des poches de sa veste dans les poches de son habit, et des poches de son habit dans celles de sa veste. Un savant mathématicien calcula, en procédant du connu à l'inconnu, que monsignor Perelli dépensait, par jour et par nuit, quatre heures trente-cinq minutes vingt-trois secondes à chercher ce précieux bijoux; or, comme, pendant les quatre heures trente-cinq minutes vingt-trois secondes qu'il passait par nuit et par jour à cette recherche, monsignor, ainsi qu'il le disait lui-même, ne vivait pas, c'était autant de secondes, de minutes et d'heures à retrancher à son existence. Il en résulta que, tout compte fait, monsignor Perelli eût vécu dix ans de plus si le roi Ferdinand ne lui eût point donné une tabatière.

Un soir que monsignor Perelli était allé faire sa partie de reversi chez le prince de C…, et que, selon son habitude, le digne prélat avait perdu une partie de sa soirée à s'inquiéter de sa tabatière, il arriva qu'en rentrant chez lui, et en fouillant dans ses poches, monsignor s'aperçut que le bijou était pour cette fois bien réellement disparu. La première idée de monsignor Perelli fut que sa tabatière était restée dans sa voiture. Il appela donc son cocher, lui ordonna de fouiller dans les poches du carrosse, de retourner les coussins, de lever le tapis, enfin de se livrer aux recherches les plus minutieuses. Le cocher obéit; mais cinq minutes après il vint rapporter cette désastreuse nouvelle, que la tabatière n'était pas dans la voiture.

Monsignor Perelli pensa alors que peut-être, comme les glaces de son carrosse étaient ouvertes, et qu'il avait plusieurs fois passé les mains par les portières, il avait pu, dans un moment de distraction, laisser échapper sa tabatière; elle devait donc en ce cas se retrouver sur le chemin suivi pour revenir du palais du prince de C… à la maison qu'occupait monsignor Perelli. Heureusement il était deux heures du matin, il y avait quelque chance que le bijou perdu n'eût point encore été retrouvé. Monsignor Perelli ordonna à son cocher et à sa cuisinière, qui composaient tout son domestique, de prendre chacun une lanterne et d'explorer les rues intermédiaires, pavé par pavé.

Les deux serviteurs rentrèrent désespérés; ils n'avaient pas trouvé vestige de tabatière.

Monsignor Perelli se décida alors, quoiqu'il fût trois heures du matin, à écrire au prince de C… pour qu'il fît immédiatement et par tout son palais chercher le bijou dont l'absence causait au digne prélat de si graves inquiétudes. La lettre était pressante et telle que peut la rédiger un homme sous le coup de la plus vive inquiétude. Monsignor Perelli s'excusait vis-à-vis du prince de l'éveiller à une pareille heure, mais il le priait de se mettre un instant à sa place et de lui pardonner le dérangement qu'il lui causait.

La lettre était écrite et signée, pliée, et il n'y manquait plus que le sceau, lorsqu'en se levant pour aller chercher son cachet, monsignor Perelli sentit quelque chose de lourd qui lui battait le gras de la jambe. Or, comme le docte prélat savait qu'il n'y a point dans ce monde d'effet sans cause, il voulut remonter à la cause de l'effet, et il porta la main à la basque de son habit; c'était la fameuse tabatière qui, par son poids ayant percé la poche, avait glissé dans la doublure, et donnait signe d'existence en chatouillant le mollet de son propriétaire.

La joie de monsignor Perelli fut grande. Cependant, il faut le dire, si sa première pensée fut pour lui-même, la seconde fut pour son prochain: il frémit à l'idée de l'inquiétude qu'aurait pu causer sa lettre à son ami le prince de C…, et, pour en atténuer l'effet, il écrivit au dessous le post criptum suivant:

«Mon cher prince, je rouvre ma lettre pour vous dire que vous ne preniez pas la peine de faire chercher ma tabatière. Je viens de la retrouver dans la basque de mon habit.»

Puis il remit l'épître à son cocher, en lui ordonnant de la porter à l'instant même au prince de C…, que ses gens réveillèrent à quatre heures du matin pour lui remettre, de la part de monsignor Perelli, le message qui lui apprenait à la fois qu'il avait perdu et retrouvé sa tabatière.