—Cet homme est fou, dit le bourreau en haussant les épaules.
—Laissez approcher ce vieillard, dit doucement saint Janvier, car la grâce de Dieu est avec lui.
Le bourreau s'écarta, et l'aveugle put enfin s'agenouiller devant le saint.
—Que me veux-tu, mon fils? demanda saint Janvier.
—Mon père, je vous prit de me donner un souvenir de vous; je le garderai jusqu'à la fin de mes jours, et cela me portera bonheur dans cette vie et dans l'autre.
—Cet homme est fou! dit le bourreau avec un sourire de mépris. Comment! lui dit-il, ne sais-tu pas qu'il n'a plus rien à lui? Tu demandes l'aumône à un homme qui va mourir!
—Cela n'est pas bien sûr, dit le vieillard en secouant la tête, ce n'est pas la première fois qu'il vous échappe.
—Sois tranquille, répondit le bourreau, cette fois il aura affaire à moi.
—Serait-il vrai, mon père? vous qui avez triomphé du feu, de la torture et des animaux féroces, vous laisserez-vous tuer par cet homme?
—Mon heure est venue, répondit le martyr avec joie; mon exil est fini, il est temps que je retourne dans ma patrie. Écoute, mon fils, interrompit saint Janvier, il ne me reste plus que le linge avec lequel on doit me bander les yeux à mon dernier moment: je te le laisserai après ma mort.