Bientôt on commença, aux heures de l'appel, à remarquer des absences dans les rangs. Le rapport en fut fait au général Championnet, qui ne douta point un seul instant que les absens n'eussent été jetés à la mer.
Quelques jours avant celui où le miracle devait avoir lieu, on trouva trois soldats inanimés: un dans la rue Porta-Capouana, le second dans la rue Saint-Joseph, le troisième sur la place du Marché-Neuf.
Un d'eux, avait encore dans la poitrine le couteau qui l'avait tué, et au manche du couteau était attachée celle inscription:
«Meurent ainsi tous ces hérétiques de Français, qui sont cause que saint Janvier ne fera pas son miracle!»
Le général Championnet vit alors qu'il était fort important pour son salut et pour le salut de l'armée que le miracle se fit.
Il décida donc que d'une façon ou de l'autre le miracle se ferait.
A mesure que le premier dimanche de mai approchait, les démonstrations devenaient plus hostiles et les menaces plus ouvertes.
La veille du grand jour arriva: la procession eut lieu comme d'habitude; seulement, au lieu de défiler entre deux lignes de soldats napolitains, elle défila entre une haie de grenadiers français et une haie de troupes indigènes.
Toute la nuit les patrouilles furent faites, moitié par les soldats de la république parthénopéenne, et moitié par les soldats de la république française. Il y avait pour les deux nations un même mot d'ordre franco-italien.
La nuit, quelques cloches isolées sonnèrent; mais au lieu de ce joyeux carillon qui leur est habituel, elles ne jetèrent dans l'air que de lugubres volées. Ces tintemens rappelèrent au général Championnet celui des Vêpres Siciliennes et il promit de ne pas se laisser surprendre comme l'avait fait Charles d'Anjou.