—C'est aussi ce que j'allais vous conseiller, vu la grande habitude qu'a cet animal de marcher à quatre pattes depuis sa création, et la sage précaution qu'ont ses maîtres de le chausser de fers très solides; mais il y a aussi un petit inconvénient.

—Lequel? repris-je impatienté de ces objections flegmatiques.

—Voyez-vous ces braves gens, excellence? me dit Francesco, en me montrant du bout de son index un groupe de lazzaroni qui se tenaient sournoisement à l'écart pendant notre entretien, guettant du coin de l'oeil le moment favorable pour fondre sur leur proie.

—Eh bien?

—Ces gens-là vous sont tous indispensables pour monter au Vésuve. Les guides vous montreront le chemin; les ciceroni vous expliqueront la nature du volcan; les paysans vous vendront leur bâton ou vous loueront leur âne. Mais ce n'est pas tout que de louer un âne, il faut encore le faire marcher.

—Comment, drôle, tu crois que, quand j'aurai enfourché ma monture, et que je pourrai manier à mon aise un de ces bons bâtons de chêne, que je guigne du coin de l'oeil, je ne viendrai pas à bout de faire marcher mon âne?

—Pardon, excellence; ce n'est pas un reproche que je vous fais; mais vous aviez cru aussi pouvoir faire aller mes chevaux; et pourtant un cheval est bien moins entêté qu'un âne!…

—Quel sera donc ce prodigieux dompteur de bêtes que je dois appeler à mon secours?

—Moi, excellence, si vous le permettez. Je vais recommander la voiture à Tonio, un ancien camarade, et je suis à vos ordres.

—J'accepte, à la condition que tu me débarrasseras de tout ce monde.