—Quand je dis le bon Dieu, c'est les prêtres que je veux dire, ça revient au même. Les autres bandits se donnent la peine de courir la campagne, d'arrêter les fourgons du roi, de se battre avec les gendarmes. Sa campagne, à lui, a toujours été la sacristie, ses fourgons l'autel, ses ennemis les évêques, les vicaires, les chanoines. Croix, chandeliers, missels, calices, ostensoirs, il n'a rien respecté. Il est né dans l'église, il a vécu aux dépens de l'église, et il veut mourir dans l'église.

—C'est donc par des vols sacriléges que cet homme a soutenu sa criminelle existence?

—Mon Dieu, oui; c'est plus qu'une habitude chez lui, c'est une vocation, c'est une second nature. Il est neveu d'un curé; sa mère l'avait naturellement placé à la paroisse en qualité de sacristain, d'enfant de choeur ou de bedeau, je ne sais pas bien ses fonctions exactes. Quoi qu'il en soit, le premier coup qu'a fait l'affreux garnement a été de voler la montre de son révérend oncle.

—Vraiment?

—C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire, excellence, et encore d'une drôle de manière, allez. Le curé disait la messe tous les matins au petit jour, et, pour que rien ne sortît de la famille, il se faisait servir par son neveu. Il faut vous dire que don Gregorio (c'était don Gregorio que s'appelait le curé) était un homme très exact, assez bon enfant au dehors, mais n'entendant plus la plaisanterie dès qu'il s'agissait de ses devoirs, tenant à gagner honnêtement sa vie, et incapable de faire tort à ses paroissiens d'un Ite missa est. Or, comme sa messe lui était payée trois carlins, et qu'elle devait durer trois quarts d'heure, don Gregorio posait sa montre sur l'autel, jetait un coup d'oeil sur l'Évangile, un autre sur le cadran, et à l'instant même où l'aiguille touchait à sa quarante-cinquième minute il faisait sa dernière génuflexion, et la messe était dite. Malheureusement don Gregorio avait la vue basse; aussi à côté de sa montre n'oubliait-il jamais de poser ses lunettes, d'abord pour regarder l'heure, ensuite pour surveiller ses fidèles; car je ne sais pas si je vous ai dit, excellence, que don Gregorio était curé de Portici, et que les habitans de Portici avaient une dévotion particulière pour le mauvais larron.

—Oui, oui, continue…

—Or, comme c'est l'habitude à la campagne de s'agenouiller tout près de l'autel pour mieux entendre le Memento

—Ah! je ne savais pas cela…

—C'est tout simple, excellence; chacun donne quelque chose au prêtre pour qu'il recommande à Dieu son affaire: celui-ci sa récolte, celui-là ses troupeaux, un troisième ses vendanges; de sorte que l'on n'est pas fâché de savoir comment il s'acquitte de sa commission…

—Eh bien! que faisait don Gregorio?