Lia prononça ce dernier mot avec un tel effort, que le comte revint à elle; et, la prenant dans son bras pour l'embrasser au front:

—Souffres-tu, mon amour? lui dit-il.

—Pas le moins du monde, répondit Lia.

—Mais tu as quelque chose? continua-t-il en insistant.

—Moi? rien, absolument rien. Que voulez-vous que j'aie, moi? Lia prononça ces paroles avec un sourire si amer, que cette fois Odoardo vit bien qu'il se passait en elle quelque chose d'étrange.

—Écoute, mon enfant, lui dit-il, je ne sais pas si tu as quelque cause de chagrin; mais ce que je sais, c'est que mon coeur me dit que tu souffres.

—Votre coeur se trompe, dit Lia; partez donc tranquille et ne vous inquiétez pas de moi.

—M'est-il possible de te quitter, même pour un instant, lorsque tu me dis adieu ainsi?

—Eh bien! donc, puisque tu le veux, dit Lia en faisant un nouvel effort sur elle-même, va, mon Odoardo, et reviens bien vite. Adieu.

Pendant ce temps on avait sellé le cheval favori du comte, et il piétinait au bas du perron. Odoardo sauta dessus et s'éloigna en faisant de la main un signe à Lia. Lorsqu'il eut disparu derrière le premier massif d'arbres, Lia monta dans un petit pavillon qui surmontait la terrasse et d'où l'on découvrait toute la route de Naples.