«A madame ***, poste restante, à Naples.»
—C'est bien, dit-elle. Allez.
Le domestique partit au galop.
Cette fois, il n'y avait plus de doute, c'était bien à une femme qu'il écrivait, à une femme qui cachait son nom sous un signe, à une femme qui, par conséquent, voulait rester inconnue. Pourquoi ce mystère, s'il n'y avait pas en dessous quelque intrigue criminelle? Dès lors le parti de la comtesse fut arrêté. Elle résolut de dissimuler, afin d'épier son mari jusqu'au bout, et, avec une puissance dont elle se serait crue elle-même incapable, elle rentra dans sa chambre, et, ouvrant la porte qui donnait dans l'appartement du comte, elle s'avança vers Odoardo, le sourire sur les lèvres.
Le lendemain, Odoardo avait complètement oublié cette préoccupation qu'il avait remarquée la veille sur le visage de Lia, et qui l'avait un instant inquiété. Lia paraissait plus joyeuse et plus confiante dans l'avenir que jamais.
Le lendemain était un dimanche. La matinée de ce jour-là était consacrée par la comtesse à une grande distribution d'aumônes. Aussi, dès huit heures du matin, la grille du parc était-elle encombrée de pauvres.
Après le déjeûner, le comte, qui était habitué à abandonner cette oeuvre de bienfaisance à sa femme, prit son fusil, sa carnassière et son chien et s'en alla faire un tour dans la montagne.
Lia monta au pavillon; elle vit Odoardo s'éloigner dans la direction d'Avellino. Cette fois, il n'allait donc pas à Naples.
Elle respira. C'était, depuis la veille, la première fois qu'elle se retrouvait seule avec elle-même.
Au bout d'un instant, sa femme de chambre vint lui dire que les pauvres l'attendaient.