Nous avons dit que le Môle est le boulevart du temple de Naples; il
Mercato est sa place de Grève.
Autrefois, quand on pendait à Naples, la potence restait dressée en permanence sur la place du Marché. Aujourd'hui, que Naples est éclairée au gaz, qu'elle est pavée d'asphalte et qu'elle guillotine, on élève et l'on démonte la madaja pour chaque exécution.
L'horrible machine se dresse pendant la nuit qui précède le supplice, en face d'une petite rue par laquelle débouche le condamné, et qu'on appelle pour cette raison vico del Sospiro, la ruelle du Soupir.
C'est sur cette place que furent exécutés, le 29 octobre 1268, le jeune Conradin et son cousin Frédéric d'Autriche. Les corps des deux jeunes gens restèrent quelque temps ensevelis à l'endroit même de l'exécution, et une petite chapelle s'éleva sur leur tombe; mais l'impératrice Marguerite arriva du fond de l'Allemagne, elle apportait des trésors pour racheter à Charles d'Anjou la vie de son fils. Il était trop tard, son fils était mort. Avec la permission de son meurtrier, elle employa ces trésors à faire bâtir une église. Cette église c'est celle del Carmine.
Si l'on n'est pas conduit par un guide, on sera long-temps à trouver cette tombe pour laquelle cependant une église fut bâtie: sans doute la susceptibilité de Charles l'exila dans le coin où elle se trouve.
L'église del Carmine fut témoin d'un miracle incontestable et à peu près incontesté.
J'ai acheté à Rome un livre italien intitulé Histoire de la vingt-septième révolte de la très fidèle ville de Naples: c'est celle de Masaniello. Avec celles qui ont eu lieu depuis 1647 et qu'il faut ajouter aux révoltes antérieures, cela fait un total de trente-cinq révoltes. Ce n'est pas trop mal pour une ville fidèle.
Une de ces trente-cinq révoltes eut lieu contre Alphonse d'Aragon. Mais Alphonse d'Aragon n'était pas si bête que d'abandonner Naples, si Naples l'abandonnait. Il fit venir des galères de Sicile et de Catalogne, et, ayant mis le siége devant Naples, s'en alla établir son camp sur les bords du Sebetus, position de laquelle il commença à canonner sa très fidèle ville révoltée.
Or, un des boulets envoyés par lui à ses anciens sujets, se trompant probablement de route, se dirigea vers l'église del Carmine, fracassa la coupole, renversa le tabernacle, et allait écraser la tête du crucifix de grandeur naturelle qui, déjà avant cette époque était reconnu comme très miraculeux; le crucifix baissa sa tête sur sa poitrine et le boulet, passant au dessus de son front, alla faire son trou dans la porte, enlevant seulement la couronne d'épines dont la tête était ceinte.
Chaque année, le lendemain de Noël, le crucifix est exposé à la vénération des fidèles.