—Tu l'as bien cru, toi!

Salvator courba son front, rougissant, car il y avait tant de douceur dans la réponse de Masaniello que sa réponse n'était pas une accusation, mais un reproche.

—Eh bien! soit, répondit-il, que la volonté de Dieu s'accomplisse.
Salvator Rosa s'assit près du lit de son ami.

—Quelle est ton intention? demanda Masaniello.

—De rester près de toi, et, bonne ou mauvaise, de partager ta fortune.

—Tu es fou, Salvator, répondit Masaniello. Que moi, que le Seigneur a choisi pour son élu, j'attende tranquillement le calice qu'il me reste à épuiser, c'est bien, car je ne puis pas, car je ne dois pas faire autrement; mais toi, Salvator, qu'aucune fatalité ne pousse, qu'aucun serment ne lie, que tu restes dans cette infâme Babylone, c'est une folie, c'est un aveuglement, c'est un crime.

—J'y resterai pourtant, dit Salvator.

—Tu le perdrais sans me sauver, Salvator, et tout dévoûment inutile est une sottise.

—Advienne que pourra! reprit le peintre. C'est ma volonté.

—C'est ta volonté? Et tes soeurs? et ta mère? C'est ta volonté! Le jour où tu m'as reconnu pour chef, tu as fait abnégation de ta volonté pour la subordonner à la mienne. Eh bien! moi, ma volonté est, Salvator, que tu sortes à l'instant même de Naples, que tu te rendes à Rome, que tu te jettes au genoux du saint-père, et que tu lui demandes ses indulgences pour moi, car je mourrai probablement sans que mes meurtriers m'accordent le temps de me mettre en état de grâce. Entends-tu? Ceci est ma volonté, à moi. Je te l'ordonne comme ton chef, je t'en conjure comme ton ami.