VII
Le Mariage sur l'échafaud.
Un jour, c'était en 1501, on afficha sur les murs de Naples le placard suivant:
«Il sera compté la somme de quatre mille ducats à celui qui livrera, mort ou vif, à la justice, le bandit calabrais Rocco del Pizzo. ISABELLE D'ARAGON, régente.»
Trois jours après, un homme se présenta chez le ministre de la police, et déclara qu'il savait un moyen immanquable de s'emparer de celui qu'on cherchait, mais qu'en échange de l'or offert il demandait une grâce que la régente seule pouvait lui accorder: c'était donc avec la régente seule qu'il voulait traiter de cette affaire.
Le ministre répondit à cet homme qu'il ne voulait pas déranger Son Altesse pour une pareille bagatelle, qu'on avait promis quatre mille ducats et non autre chose; et que si les quatre mille ducats lui convenaient, il n'avait qu'à livrer Rocco del Pizzo, et que les quatre mille ducats lui seraient comptés.
L'inconnu secoua dédaigneusement la tête et se retira.
Le soir même, un vol d'une telle hardiesse fut commis entre Resina et
Torre del Greco, que chacun fut d'avis qu'il n'y avait que Rocco del
Pizzo qui pouvait avoir fait le coup.
Le lendemain, à la fin du conseil, Isabelle demanda au ministre de la police des explications sur ce nouvel événement. Le ministre n'avait aucune explication à donner; cette fois, comme toujours, l'auteur de l'attentat avait disparu, et, selon toute probabilité, exerçait déjà sur un tout autre point du royaume.
Le ministre alors se souvint de cet homme qui s'était présenté chez lui la veille, et qui lui avait offert de livrer Rocco del Pizzo: il raconta à la régente tous les détails de son entrevue avec cet homme; mais il ajouta que, comme la première condition imposée par lui avait été de traiter l'affaire avec Son Altesse, à laquelle, au lieu de la prime accordée, il avait disait-il, une grâce particulière à demander, il avait cru devoir repousser une pareille ouverture, venant surtout de la part d'un inconnu.