—J'ai demandé à parler à Votre Altesse seule, reprit l'inconnu: c'est ma première condition.

—Laissez-nous, don Luiz, dit la duchesse.

Le ministre s'inclina et sortit.

L'inconnu se trouva tête-à-tête avec la régente, séparé seulement d'elle par le prie-dieu sur lequel était posé un Évangile, et au dessus duquel s'élevait un crucifix.

La régente jeta un coup d'oeil rapide sur lui. C'était un homme de trente à trente-cinq ans, d'une taille au dessus de la moyenne, au teint hâlé, aux cheveux noirs retombant en boucles le long de son cou, et dont les yeux ardens exprimaient à la fois la résolution et la témérité: comme tous les montagnards, il était admirablement bien fait, et l'on sentait que chacun de ces membres si bien proportionnés était riche de souplesse et d'élasticité.

—Qui êtes-vous et d'où venez-vous? demanda la régente.

—Que vous fait mon nom, madame? dit l'inconnu; que vous importe le pays où je suis né? Je suis Calabrais, c'est-à-dire esclave de ma parole… Voilà tout ce qu'il vous importe de savoir, n'est-ce pas?

—Et vous vous engagez à me livrer Rocco del Pizzo?

—Je m'y engage.

—Et en échange qu'exigez-vous de moi?