On mit ses esclaves à la torture pour savoir si elle n'aurait pas commis quelque crime inconnu dont on pût la punir. Ses esclaves moururent sans oser l'accuser. Il fallut encore recourir à Anicetus. Au milieu d'un dîner, comme Néron, couronné de roses, marquait de la tête la mesure aux musiciens qui chantaient, Anicetus entra, se jeta aux pieds de Néron et s'écria que, vaincu par ses remords, il venait avouer à l'empereur qu'il était l'amant d'Octavie.
Octavie, cette chaste créature, la maîtresse d'un Anicetus!
Personne ne crut à cette monstrueuse accusation; mais qu'importait à César? il voulait un prétexte, voilà tout. Anicetus fut exilé en Sardaigne, et Octavie à Pandataria.
Puis, quelques jours après, on fit dire à Octavie qu'il fallait mourir.
La pauvre enfant, qui avait eu si peu de jours heureux dans la vie, s'effrayait cependant de la mort; elle se prit à pleurer, tendant les mains aux soldats, implorant Néron, non plus comme sa femme, mais comme sa soeur, adjurant sa clémence au nom de Germanicus. Mais les ordres étaient positifs: ni prières ni larmes ne pouvaient la sauver de ce crime énorme d'être coupable de trop de vertu. On lui prit les bras, on les lui raidit de force, on lui ouvrit les veines avec une lancette; puis, comme le sang, figé par la peur, ne voulait pas couler, on les lui trancha avec un rasoir. Enfin, comme le sang ne coulait pas encore, on l'étouffa dans la vapeur d'un bain bouillant.
Poppée, de son côté, avait donné ses ordres aux meurtriers; elle voulait être sûre qu'Octavie était bien morte: on lui apporta sa tête.
Alors elle épousa tranquillement Néron.
Néron, dans un moment d'humeur, la tuera quelque jour d'un coup de pied.
Nous étions sur le lieu même où le drame terrible que nous venons de raconter s'était accompli. Ces ruines, c'étaient celles qui avaient vu Agrippine assise à la même table que Néron; ce rivage, c'était celui jusqu'où César avait reconduit sa mère. Nous montâmes dans la barque: nous étions sur le golfe où Agrippine avait été précipitée, et nous suivions la route qu'elle avait suivie à la nage pour aborder à Bauli.
On montre un prétendu tombeau qui passe pour le tombeau d'Agrippine. N'en croyez rien: ce n'était pas de ce côté-ci de Bauli qu'était situé le tombeau d'Agrippine; c'était sur le chemin de Misène, près de la villa de César. Puis le tombeau d'Agrippine n'avait pas cette dimension. Ses affranchis l'enterrèrent en secret, et, après la mort de Néron, lui élevèrent un monument. Or, ce monument de tardive piété était un tout petit tombeau, levem tumulum, dit Tacite.