—Monsu a parlé du gouvernement!
—Ah! j'ai dit que le gouvernement était plein de tendresse pour les étrangers qui viennent ici; et je le répète! attendu que c'est mon opinion, monsieur. Est-il défendu d'avoir une opinion?
—Oui, dit le sbire.
—En ce cas, je n'en ai pas, monsieur, prenons que je n'ai rien dit. Je me hâtai de m'habiller; j'avais une peur de tous les diables que les sbires, peu habitués au dialogue de Jadin, ne l'emmenassent avec moi. Je passai donc lestement mon gilet et ma redingote, et leur déclarai que j'étais prêt à les suivre.
Cette promptitude à me rendre à l'invitation du gouvernement parut donner à nos deux sbires une excellente idée de moi; aussi, lorsque, arrivé à la porte de la rue, je leur demandai la permission de prendre un fiacre, ils ne firent aucune difficulté, et l'un d'eux poussa même la complaisance jusqu'à courir en chercher un qui stationnait devant la grille encore fermée de la villa Reale.
Comme je montais en voiture, je vis apparaître Jadin à la fenêtre; il était tiré à quatre épingles et tout prêt à se rendre à l'ambassade. Seulement, pour ne pas donner de soupçons sur sa connivence avec moi, il attendait pour sortir que nous eussions tourné le coin, et fumait innocemment la plus colossale de ses trois pipes.
Cinq minutes après j'étais à la police. Un monsieur, tout vêtu de noir et de fort mauvaise humeur d'avoir été réveillé si matin, m'y attendait.
—C'est à vous ce passeport? me demanda-t-il aussitôt qu'il m'aperçut et en me montrant mon passeport au nom de Guichard.
—Oui, monsieur.
—Et cependant Guichard n'est pas votre nom?