Aussitôt, avec l'aide de la vielle servante, il dressa un buffet contre la porte d'entrée et sur le buffet il dressa toute sa porcelaine, puis il se coucha et attendit les événemens.
Les événemens étaient faciles à prévoir: le lendemain, à huit heures du matin, l'huissier frappa à la porte, personne ne répondit; l'huissier frappa une seconde fois, même silence; une troisième, néant.
L'huissier se retira et s'en vint requérir l'assistance d'un commissaire de police et l'aide d'un serrurier; puis tous trois revinrent sur le palier de don Philippe. L'huissier frappa aussi inutilement que la première fois; le commissaire donna au serrurier l'autorisation d'ouvrir la porte; le serrurier introduisit le rossignol dans la serrure: le pêne céda. Quelque chose cependant s'opposait encore à l'ouverture de la porte.
—Faut-il pousser? demanda l'huissier.
—Poussez! dit le commissaire. Le serrurier poussa.
Au même instant on entendit un bruit pareil à celui que ferait en tombant un étalage de marchand de bric-à-brac; puis de grandes clameurs retentirent:
—A l'aide! au secours! on me pille! on m'assassine! Je suis un homme perdu! je suis un homme ruiné! criait la voix.
Le commissaire entra, l'huissier suivit le commissaire, et le serrurier suivit l'huissier. Ils trouvèrent don Philippe qui s'arrachait les cheveux devant les morceaux de sa porcelaine multipliés à l'infini.
—Ah! malheureux que vous êtes! s'écria don Philippe en les apercevant, vous m'avez brisé pour deux mille écus de porcelaine!
C'eût été au bas prix si la porcelaine n'avait pas été brisée auparavant. Mais c'est ce qu'ignoraient le commissaire de police et l'huissier; ils se trouvaient en face des débris: le buffet était renversé, la porcelaine en morceaux; ce malheur était arrivé de leur fait, et si à la rigueur ils n'étaient légalement pas tenus d'en répondre, consciencieusement ils n'en étaient pas moins coupables.